← Retour à la page Enseignement

Terra Klima · Module 4
Négociations climatiques & prévision
La prise de conscience du dérèglement climatique et la mise en place d'une gouvernance internationale, des premières alertes scientifiques aux COP contemporaines ; puis les leviers du climat futur.
Partie 1 · Chronologie des négociations climatiques
Les premières alertes (1957-1970)
La prise de conscience du dérèglement climatique et la mise en place d'une gouvernance internationale se sont construites progressivement, des premières alertes scientifiques des années 1950 jusqu'aux Conférences des Parties (COP) contemporaines. Cette chronologie retrace les grandes étapes scientifiques, médiatiques et politiques.
1957. Le climatologue américain Roger Revelle est l'un des premiers scientifiques à étudier le passé climatique et à en tirer des éléments prospectifs. Il coécrit avec Hans Suess un article suggérant que les océans absorbent l'excès de dioxyde de carbone anthropique à un taux beaucoup plus lent que prévu : les émissions de gaz anthropiques pourraient donc accroître l'effet de serre et réchauffer la planète.

1962. Publication du livre Silent Spring de la biologiste Rachel Carson. L'ouvrage décrit les impacts des pesticides sur la biodiversité et montre comment leur usage non contrôlé peut entraîner une mortalité collatérale chez les animaux comme chez les humains.

1965. Le rapport Restoring the Quality of our Environment (President's Science Advisory Committee), rédigé notamment par Revelle, Wallace Broecker, Charles Keeling et Harmon Craig, pointe la responsabilité de l'homme dans les émissions de CO₂ et en prévoit l'augmentation, avec pour conséquences la fonte des glaciers, la hausse et l'acidification des océans.
1968. Création du Club de Rome, groupe de réflexion réunissant scientifiques, économistes et industriels autour des « problèmes de la société moderne » et d'une « crise planétaire » naissante.
1969. Marée noire de Santa Barbara (Californie) après l'explosion d'une plateforme pétrolière : cet événement sera l'une des motivations du premier « Jour de la Terre ».
22 avril 1970. Premier Jour de la Terre (Earth Day) : des millions d'Américains participent à des rassemblements à travers le pays. En parallèle, Charles Keeling, qui mesure la concentration de CO₂ à Mauna Loa (Hawaï) et à la base de Ross (Antarctique) depuis la fin des années 1950, publie ses relevés, révélant l'augmentation continue du CO₂ liée à la combustion des combustibles fossiles.

Partie 1 · Chronologie des négociations climatiques
L'environnement entre en politique (1970-1988)
2 mars 1972. Quatre scientifiques du MIT rédigent, à la demande du Club de Rome, le rapport The Limits to Growth (« Halte à la croissance »). Fondé sur le modèle « World 3 », il analyse les conséquences écologiques d'une croissance économique et démographique exponentielle dans un monde fini, et appelle à stabiliser l'activité économique et la population.


5-16 juin 1972. Conférence des Nations unies sur l'environnement humain (Stockholm), première grande conférence de l'ONU sur les questions environnementales. Elle aboutit à la Déclaration de Stockholm (26 principes), à un Plan d'action et à la création du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).
7 décembre 1972. L'équipage d'Apollo 17 réalise la célèbre photographie de la Terre, « Blue Marble ».
1974. Des scientifiques émettent l'hypothèse que les chlorofluorocarbones (CFC) peuvent migrer vers la stratosphère et détruire la couche d'ozone, qui protège la vie des rayonnements ultraviolets.
1975. Les recherches sur le réchauffement se développent grâce aux progrès de l'instrumentation et de l'informatique. Manabe et Wetherald estiment, à l'aide d'un modèle numérique, qu'un doublement du CO₂ préindustriel conduirait à un réchauffement d'environ 2 °C ; Wallace Broecker avertit du risque d'un réchauffement majeur.


7 juillet 1977. Frank Press, directeur de l'Office of Science and Technology Policy, remet au président Jimmy Carter un mémo intitulé « Release of Fossil Fuel CO₂ and the Possibility of a Catastrophic Climate Change » : la concentration de CO₂, déjà supérieure de 12 % au niveau préindustriel, pourrait entraîner un réchauffement de 0,5 à 5 °C.
1979. Le rapport Charney (Académie nationale des sciences des États-Unis) conclut qu'à émissions constantes, la température de surface augmentera de 2 à 3,5 °C. La même année se tient à Genève la première Conférence mondiale sur le climat.
1980. Création du Programme mondial de recherche sur le climat (WCRP). 1985. Adoption de la Convention de Vienne pour la protection de la couche d'ozone ; la même année, Farman et al. révèlent le « trou » dans la couche d'ozone au-dessus de l'Antarctique.
10 août 1986. L'hebdomadaire allemand Der Spiegel titre sur « la catastrophe climatique », marquant l'entrée du sujet dans le débat public. avril 1987. Le rapport Brundtland, Our Common Future, popularise la notion de développement durable. Septembre 1987 : adoption du Protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone.


23 juin 1988. Devant le Sénat américain, le climatologue James Hansen (NASA) déclare que « l'effet de serre a été détecté et modifie actuellement notre climat ». Son témoignage fait la une du New York Times le lendemain, faisant entrer le changement climatique dans l'arène politique.

Partie 1 · Chronologie des négociations climatiques
La naissance du GIEC et des conventions (1988-1997)
novembre 1988. L'Organisation météorologique mondiale et le PNUE fondent le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), chargé de faire l'état des connaissances sur le système climatique. Il est organisé en trois groupes de travail : principes physiques ; impacts, vulnérabilités et adaptation ; moyens d'atténuation.
1989. Entrée en vigueur du Protocole de Montréal. La même année, création à Washington de la Global Climate Coalition, groupe de pression représentant les producteurs de combustibles fossiles et s'opposant aux mesures de réduction des émissions (dissoute en 2000).
1990. Publication du premier rapport d'évaluation du GIEC (FAR) : la température moyenne de surface a augmenté de 0,3 à 0,6 °C entre 1880 et 1980. L'Assemblée générale des Nations unies décide d'engager des négociations en vue d'une convention-cadre sur le climat.
mai 1992. Adoption du texte de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui reconnaît trois grands principes : précaution, responsabilités communes mais différenciées, et droit au développement.
3-14 juin 1992. Sommet de la Terre de Rio : la CCNUCC est ouverte à la signature ; adoption de la Déclaration de Rio et de l'Agenda 21.


novembre 1992. Plus de 1 700 scientifiques, dont de nombreux lauréats du prix Nobel, signent un premier « Avertissement à l'humanité » sur les dommages irréversibles infligés à l'environnement.

1994. Entrée en vigueur de la CCNUCC. 28 mars-7 avril 1995 : première Conférence des Parties (COP1) à Berlin, organe suprême de la convention, qui pose les bases du futur Protocole de Kyoto. La même année, le GIEC publie son deuxième rapport d'évaluation (SAR).
1997. Signature du Protocole de Kyoto (COP3), premier instrument international fixant des objectifs contraignants de réduction des émissions (au moins 5 % par rapport à 1990) pour les pays industrialisés, avec des mécanismes de flexibilité (marché du carbone, mise en œuvre conjointe, mécanisme pour un développement propre).
Partie 1 · Chronologie des négociations climatiques
De Kyoto à Paris et aux COP récentes (1997-2023)
2000. Lancement du Millennium Ecosystem Assessment à la demande du Secrétaire général de l'ONU ; dissolution de la Global Climate Coalition. 2001 : troisième rapport du GIEC (TAR) ; le 11 juin, le président G. W. Bush retire les États-Unis du Protocole de Kyoto ; en novembre, les Accords de Marrakech (COP7) précisent les règles de mise en œuvre de Kyoto.
2005. Entrée en vigueur du Protocole de Kyoto (après ratification par la Russie) et lancement du système européen d'échange de quotas d'émission (EU ETS).
2007. Quatrième rapport du GIEC (AR4) ; le GIEC est colauréat du prix Nobel de la paix. 2014 : cinquième rapport (AR5), qui souligne l'influence « claire et grandissante » de l'humain sur le climat.
décembre 2015. Adoption de l'Accord de Paris (COP21), premier accord mondial juridiquement contraignant : maintenir le réchauffement « bien en dessous de 2 °C », en visant 1,5 °C. Il entre en vigueur le 4 novembre 2016.
2017. Le président Donald Trump annonce le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris (juin). Le 13 décembre, plus de 15 000 scientifiques de 184 pays lancent une nouvelle alerte mondiale.


2018. La militante Greta Thunberg lance sa « grève de l'école pour le climat » (mouvement Fridays for Future) ; le GIEC publie son rapport spécial sur un réchauffement de 1,5 °C. 2019 : les grèves pour le climat dépassent 4 millions de participants ; l'Union européenne dévoile le Pacte vert pour l'Europe et vise la neutralité climatique en 2050.
septembre 2020. Après des incendies massifs, le Los Angeles Times titre « l'apocalypse climatique de la Californie ».
2021. Un groupe de 17 scientifiques publie une analyse (« Underestimating the Challenges of Avoiding a Ghastly Future ») soulignant que la gravité de la situation est sous-estimée. Les États-Unis rejoignent l'Accord de Paris (19 février) et la COP26 se tient à Glasgow.

2022. La COP27 (Charm el-Cheikh) crée un fonds « pertes et dommages » pour aider les pays vulnérables. 2023 : le GIEC publie la synthèse de son sixième rapport d'évaluation (AR6, 20 mars) ; la COP28 (Dubaï) approuve une feuille de route pour la « transition hors des combustibles fossiles » et le triplement des capacités renouvelables d'ici 2030.
Partie 2 · Prévoir le climat futur
La croissance démographique
Aujourd'hui, la plus grande incertitude dans la projection des conditions climatiques futures est le niveau des émissions de gaz à effet de serre à venir. Ces émissions et les impacts qui en résultent dépendent de facteurs économiques, politiques et démographiques difficiles à prévoir avec certitude.
La population mondiale comptait 7,7 milliards d'habitants en 2019, contre un seul milliard en 1800 : elle a donc été multipliée par plus de sept. Elle pourrait atteindre près de 10 milliards en 2050. La croissance démographique décélère toutefois : après un maximum de plus de 2 % par an il y a cinquante ans, elle est retombée à 1,1 % en 2019, en raison de la baisse de la fécondité (2,4 enfants par femme aujourd'hui, contre 5 en 1950). L'essentiel de la croissance à venir se situera en Afrique intertropicale et dans la région allant de l'Afghanistan au nord de l'Inde.

Partie 2 · Prévoir le climat futur
Le développement urbain
En 2019, 56 % de la population mondiale (4,4 milliards d'habitants) vivait en ville ; d'ici 2050, près de sept personnes sur dix seront citadines. La progression de l'utilisation des terres urbaines est supérieure de 50 % à la croissance démographique, ce qui aggrave la pression sur les ressources : les villes représentent déjà près des deux tiers de la consommation mondiale d'énergie et plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre. Plus exposées aux risques climatiques (submersion, inondations), elles jouent un rôle croissant dans la lutte contre le dérèglement : à l'échelle mondiale, 1,81 milliard de personnes vivent dans des zones à haut risque d'inondation.
Partie 2 · Prévoir le climat futur
Les scénarios d'émissions de gaz à effet de serre
Les trajectoires établies par le GIEC capturent une gamme d'émissions potentielles de gaz à effet de serre et les concentrations atmosphériques associées jusqu'en 2100. Elles orientent les projections des modèles climatiques (température, précipitations, niveau de la mer…). Les scénarios sont numérotés en fonction du changement de forçage radiatif à l'horizon 2100 par rapport à l'ère préindustrielle (en W/m²) ; chacun conduit à un niveau différent de réchauffement. Le scénario le plus élevé représente un avenir où les émissions actuelles augmentent fortement tout au long du siècle ; les autres intègrent des mesures d'atténuation plus rapides. Les tendances actuelles des émissions mondiales restent proches du scénario le plus élevé.

Pour manipuler ces trajectoires jusqu'en 2100, voyez le module interactif Émissions de CO₂ & réchauffement.